Partager l'article ! Saint-Cyprien sous l'ombre de la corruption...: Corruption, rumeurs et coups bas : à Saint-Cyprien, les électeurs iront aux urnes dans une ambi ...
En cette fin de saison, les plages de Saint-Cyprien, à 20 km de Perpignan, se vident. Chaque automne, le bourg vit une marée descendante. En quelques semaines, sa population va passer de 100 000 estivants à près de 10 000 habitants. Ne resteront alors que les "vrais" Cyprianais, reclus dans un huis clos qui s'annonce étouffant.
Car Saint-Cyprien n'est plus le bourg qui aimait afficher, il y a quelques mois seulement, une paisible prospérité. L'"affaire Bouille" est passée par là, qui a soufflé le ciment de la communauté et laissé un champ de ruines politique. C'est sur des sables mouvants que vont se tenir, les dimanches 6 et 13 septembre, les élections municipales de la ville.
Tout a commencé en décembre 2008. Jacques Bouille, maire de la commune depuis vingt ans, s'est fait cueillir par la justice comme un vulgaire malfrat, accusé d'avoir mis au point un "véritable pacte de corruption institutionnalisé ". Pots-de-vin, détournements de fonds et d'oeuvres d'art, tout y passe. Mis en examen et incarcéré, il s'est suicidé le 24 mai dans sa cellule, donnant un tour tragique à l'affaire.
Quelques jours plus tard, son successeur, Pierre Fontvieille, qui avait été son premier adjoint, s'est lui aussi retrouvé mis en examen. Comme, au total, une quinzaine d'élus et de fonctionnaires municipaux... (Le Monde du 13 juin). Il se murmure à Saint-Cyprien qu'il ne s'agit que "de la face visible de l'iceberg". La curée n'aurait que débuté.
Après la mise en examen de Pierre Fontvieille, c'est la n° 3 de l'équipe Bouille, Claudette Guiraud, qui avait endossé à son tour le costume de patron de la ville, comme si de rien n'était. Mais, sur injonction du préfet, l'équipe municipale, face aux soupçons de corruption généralisée, a dû se résoudre à l'inévitable : la démission collective. Depuis le 24 juin, la ville a été placée sous tutelle, sa gestion étant confiée à un trio de "sages". Jusqu'à ces nouvelles élections.
"Le climat de confiance est restauré", veut aujourd'hui croire Georges Riera, qui dirige ce trio, pendant que certains candidats, dans leur permanence, jouent de la rumeur comme d'une arme pour discréditer leurs adversaires. A 73 ans, cet ancien président de l'université de Perpignan, à qui l'on avait promis "le Vietnam", s'est voulu démineur. "Nous n'étions pas là pour faire les shérifs, explique-t-il. Mais nous avons essayé de ne pas être non plus des eunuques du palais. " Son équipe a ainsi planché sur les contrats d'urbanisme. Elle a trouvé "des choses surprenantes", constate-t-il, admettant "user d'un euphémisme ". Le dossier a été transmis au procureur de Perpignan. Parmi les salariés municipaux, certains confient qu'ils ont vécu la tutelle comme une parenthèse enchantée.
Parmi les six candidats en lice pour le poste de maire, deux favoris autoproclamés se dégagent. Il y a Thierry del Poso, un avocat investi par le Nouveau Centre, que ses adversaires dépeignent comme un jeune loup aux dents affûtées. Face à lui, Claudette Guiraud, poussée à la démission en juin, a décidé de ne pas lâcher le flambeau des années Bouille. Elle est soutenue par l'UMP, comme l'était le défunt maire, avant qu'il ne soit exclu du mouvement, une fois mis en examen. "Son bilan est positif, assène cette directrice d'école maternelle. Saint-Cyprien est une ville magnifique, qui ne manque de rien. " Elle assure que, "s'il s'est passé quelque chose" lorsque Jacques Bouille dirigeait la ville, elle n'a rien vu. Sa position plaît aux nostalgiques, pas si rares. "Jacques Bouille savait se montrer généreux...", analyse un fin connaisseur de la ville.
L'affrontement entre les deux candidats est musclé. M. del Poso voulait obtenir l'investiture UMP, qui peut être clé, dans cette ville où 80 % des électeurs votent à droite. Mais elle lui a été refusée. Mme Guiraud le tient pour responsable d'un "acharnement" fatal contre l'ancien maire. "Les gens lui en veulent pour ça ", affirme-t-elle. Et d'interroger : "Entre un avocat et une directrice d'école, qui est le plus honnête ?" De son côté, M. del Poso constate : "Elle se veut l'héritière des bonnes réalisations de Jacques Bouille, mais refuse d'endosser son passif !"
Le passif, c'est, outre une ambiance délétère, une montagne de dettes, estimée à 55 millions d'euros. "Ça en fait la deuxième ville de France la plus endettée par habitant", affirme Marie-Pierre Sadourny-Gomez. Encartée au Parti socialiste, elle a décidé cette fois de monter une liste sans étiquette. Dans son bureau de l'hôtel de ville, qu'il s'apprête à quitter, Georges Riera conclut : "Il faudra au nouveau maire beaucoup de courage."

